Commentaire du 8 sept 2014

Il était temps

Commentaire N° 41
8 sept 2014

~Bernard Attali

Depuis des années, les esprits raisonnables de ce pays ont attendu des gouvernants une ligne économique claire et moderne. Depuis des années, ils attendaient en vain. Tandis que le débat économique français était une insulte à l'intelligence. Notre productivité n'a pas sombré en deux ans : cela fait trente ans que le rythme de notre croissance décline et que les décideurs, drogués à la dette, ont caché la poussière sous le tapis !

Cela ne sera pas corrigé en quelques mois et cela exigera de profondes réformes. Mais je suis de ceux qui pensent que la nouvelle donne récemment annoncée par le Premier Ministre marque un tournant majeur. Il devenait urgent de dire : le débat entre politique de l'offre et politique de la demande est vain. Les opposer n'a pas de sens : une voiture se conduit avec freins et accélérateurs. Tout dépend de la route et du moment. Aujourd’hui notre déficit extérieur est tel qu'une relance par la demande bénéficierait essentiellement aux produits importés tant que notre appareil de production n'aura pas retrouvé ses marges et sa compétitivité. Ceux qui le contestent le font par inexpérience économique ou par posture politique. Il sera temps que cessent les chamailleries car il n’y a pas une politique économique de gauche et une de droite : l’action est adaptée à la conjoncture ou elle ne l’est pas. Comme le disent les Chinois : « Peu importe que le chat soit gris ou noir, ce qui importe, c’est qu’il attrape les souris ».

Cela étant, le pilotage économique est chose complexe. Il est vrai que les circonstances pourraient, à certains moments, exiger que l’on passe de l’austérité à la relance. Si demain la déflation s’installait durablement en Europe, alors oui, relancer la demande serait nécessaire. Mais tracer la route isolément, sans coordination au sein de la zone Euro, serait gravement contre-productif. D’où la nécessitéé d’une coordination forte à Bruxelles, qu’on le veuille ou non. C’est dire l’enjeu du sommet européen sur la croissance prévu très bientôt à la demande de la France. Mais là encore, notre pays ne sera entendu dans ce débat que si ses propres affaires sont en ordre. Pour être respecté, il faut être respectable.

En écoutant certains réciter leur catéchisme, je repensais ces derniers jours à ce mot du Prince de Ligne sur Mme de Staël : « Sa façon bornée d'être catholique me donne envie d'être païen ». Il serait temps que tous les responsables de ce pays, quelle que soit leur appartenance politique, regardent la situation en face tout en expliquant aux frondeurs de tous bords que deux et deux font quatre.